Mon histoire d'amour avec le Shetland

by Catherine Beaulne on January 05, 2014

Je me rappelle clairement de la première fois où Céline me parla de la laine Shetland. À cette époque-là, nous recherchions les artisans et les fibres qui aujourd’hui font partie de La Maison Tricotée. Je n »avais jamais entendu parlé de cette île. La laine Shetland des îles Shetland (???), utilisée traditionnellement pour tricotée le jacquard (Ah!).

Je suis allée voir leur site pour comprendre la raison derrière l’enthousiasme de Céline pour cette laine et j’ai vite compris pourquoi. Jamieson & Smith est une coopérative créee en 1930 par la famille Smith aux îles Shetland. Ils achètent la toison des moutons d’environ 700 éleveurs à des prix plus élevés pour aider à soutenir l’industrie textile locale et les éleveurs. La toison est transformée en différents sortes de produits :  couvertures, tapis, vêtements et … fil à tricoter. L’entreprise prend en charge  plus de 80% de toute la laine produite aux îles et elle joue un rôle très important dans l’économie locale et dans la préservation du patrimoine textile des îles.

Après l’échange de quelques courriels avec JAMIESON & SMITH, nous étions acceptés, avec grande gentillesse, comme détaillant de leur laine. Un mois plus tard, notre première commande arriva.

Une sélection riche d’une quarantaine de couleurs, unies ou chinées, dans le  « 2ply Jumper Weight », « 2ply Lace Yarn » et « Supreme Lace ». Céline a rapidement tricoté le béret « NEEP HEID » de KATE DAVIS en 2ply Jumper Weight. Le résultat  était juste magnifique. Elle m’a montrée le travail de la designer Kate Davis qui a publié ce beau livre « COLOURS OF SHETLAND« , entièrement inspiré par les îles Shetland. J’ai trouvé les patrons vraiment beaux, ils me donnaient envie, mais la technique du jacquard m’effrayait. Elle me rappelait de mauvais souvenirs.

Malgré ces réticences, le Shetland me fascinait.

Je cherchais un encouragement pour faire le premier pas et je l’ai vite trouvé. Lors de ma dernière visite chez mes parents, ma mère est tellement tombée en amour avec mon LAMINARIA EN HAIKU DRAGON, qu’elle m’a demandée si je pouvais lui en tricoter un (si tu gâtes tes parents avec des cadeaux tricotés dans les plus belles fibres, ne sois pas étonné si ils te demandent rien d’autre qu’un châle en dentelle estonienne tricoté en soie et mohair, n’est-ce pas?).

Après avoir tricoté deux Laminaria et huit projets au total en Haiku,  j’avais envie d’essayer autre chose. Ma mère aimait beaucoup le patron BRIDGEWATER DE JARED FLOOD, un châle carré en dentelle Shetland.

Tricoter la dentelle Shetland avec de la vraie laine Shetland? Le concept me semblait sympathique. Le Shetland Supreme Lace me fait penser à ma mère: une femme d’une grande beauté, simple et naturelle, à l’image de cette fibre dans les couleurs naturelles du mouton shetlandais.

À peine j’avais commencé ce châle que cette fibre commença à me fasciner. Elle avait quelque chose qui m’a rendu complètement accro. J’ai mis de côté tous mes autres projets pour tricoter exclusivement le châle partout. Même le fait de tricoter un grand, long et un peu ennuyant carré en point mousse, ne me décourageait pas.

J’avais tellement de plaisir à tricoter ce châle que je me mis à la recherche d’autres projets pour alimenter mon addiction.

Un soir, sur mon Facebook, je tombe sur une photo de Kate et le bébé royal. Cette image évoquait les couvertures et les châles de bébé tricotés en dentelle à l’occasion des naissances et des mariages royaux en Angleterre. Suivez ma logique, le Bridgewater est un châle carré donc il peut aussi servir de couverture pour bébé.

Quel beau cadeau à offrir à ta chère amie qui pense être enceinte dans 3 ans! Un délai tout à fait raisonnable pour le tricoter! C’est ainsi que je commençait mon deuxième Bridgewater en 2ply lace couleur naturelle. Et, comment ne pas craquer pour la douceur du lambswool? Pas si sûre de l’offrir comme cadeau quand elle sera fini…
C’était le moment d’arrêter avec ma peur du jacquard et de me lancer dans un projet avec la Jumper Weight. J’ai eu un grand coup de coeur pour le STEVENSON SWEATER DE KATE DAVIS, une belle marinière inspirée par les phares Stevensons des îles Shetlands. J’ai tellement bien réussi mon échantillon que j’ai immédiatement après commencé la marinière (à deux semaines de la fin de session à l’université et en plein rush de la période des fêtes à la boutique, n’est-ce pas  la preuve d’une vrai intoxiquée?).

La marinière est mon tricot officiel du soir car je ne peux plus me balader avec après avoir terminé les côtes, elle avance bien (je ne vous dis pas les heures indécentes où je me couche juste pour la tricoter un peu plus longtemps,quand je termine de réviser tard la nuit). Le résultat est tellement beau que j’ai hâte de la finir!

Il y a quelques semaines, j’étais en train de tricoter le Bridgewater à la boutique quand Céline m’a demandée  ce que je tricotais : un châle en Shetland lace. Un autre?! Et c’est à ce moment-là que j’ai fait ma confession:

– « Céline je ne sais pas ce qui m’arrive, je ne peux plus arrêter de tricoter le Shetland, je suis complètement obsédée. Je ne tricote rien d’autre! »

– « C’est que tu es devenue une vrai tricoteuse! » me répondit-elle.

Là, je n’avais plus besoin de me chercher des excuses. Une vrai tricoteuse doit essayer toutes les qualités du Shetland! Donc je me suis lancée dans le pull STROKKUR en Shetland Aran (cette qualité me faisait les yeux doux depuis son arrivée à la boutique). Une belle personnalité de Aran, costaud et tendre à la fois.

Un jour, j’ai dit à Céline :  » plus je tricote, plus je trouve que découvrir une nouvelle fibre c’est comme découvrir une nouvelle personne. C’est apprendre à connaître ses nuances, ses qualités, ses faiblesses et se connecter à son énergie.

Le Shetland parle droit à mon coeur, je le trouve complexe, avec un équilibre très intéressant entre force et résistance et énormément de douceur. Comme un témoignage que dans les environnements difficiles et austères,  nous avons toujours la possibilité de s’en sortir, de se protéger, sans jamais perdre sa tendresse. La laine Shetland n’est pas un fil évident, elle a un côté mystérieux, il faut aller la chercher pour découvrir sa beauté. Si vous dépasser son premier abord rustique, vous découvrirez la beauté de toute une tradition écossaise.