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Fais le pas!

Chandail Jordan

Je suis une tête de mule. Mes parents ainsi que tous ceux qui ont eu le bonheur de me supporter vous le diront. C’est pourquoi quand, il y a 6 mois, j’ai lancé l’idée de tricoter un chandail à mon chum et qu’Ariane s’est écriée « Non! Fais le pas! « , je me suis empressée de mettre mon projet à exécution. J’étais bien sûr au courant de la superstition du « boyfriend sweater », superstition si répandue qu’elle a même droit à un article sur Wikipédia. Mais après plus de deux ans de relation – record absolument incroyable à mes jeunes yeux – il me semblait qu’il était temps de passer aux choses sérieuses. C’est bien joli de se disputer pour qui fera la vaisselle, mais un chandail, c’est une autre paire de manche! Il était temps de soumettre mon couple au test ultime. Et puis, si je pouvais donner tort à Ariane au passage, je faisais d’une maille deux coups!

Avant de m’y mettre, je me suis armée de cynisme afin de démystifier ce bon vieil adage « don’t knit a thing before the ring »

C’est vraiment long un chandail. Surtout pour un homme. C’est bien mignon de fantasmer sur des bras virils et un large torse, mais c’est moins drôle quand il s’agit de recouvrir ledit torse de laine! Les longues heures de travail requises ne sont pas étrangères à ces ruptures. Déjà, quand vous tricotez un bonnet, il est peu probable qu’entre le moment où vous achetez la laine et le moment où vous rentrez vos fils, disons, 5 jours plus tard pour ne complexer personne, votre idylle parfaite se mette à battre de l’aile. Or, il est beaucoup plus probable qu’un couple se désagrège en 2 ou 3 mois.

Mis à part la question de probabilité, il y a aussi le fait que c’est vraiment long un chandail. Je sais, je me répète, mais comme c’est long longtemps, il s’agit d’un véritable engagement pour une tricoteuse, même experte. Cet engagement, elle risque de le voir comme un don d’amour incommensurable et soit de se sentir lésée en retour ou frustrée qu’il ne soit pas accepté à sa juste valeur. Après tout, son partenaire va-t-il réaliser l’ampleur de ce cadeau? Et saura-t-il se montrer à la hauteur?

Après m’être assurée que mon chum se rendait bien compte à quel point j’étais une personne extraordinaire de lui tricoter un chandail et qu’il en mesurait la valeur – ce qui ne fut pas si difficile sachant qu’il vit enseveli sous mes pelotes de laines et sait lui-même tricoter – j’étais enfin prête à monter mes mailles. Pour le reste, je ne m’en souciais pas trop. Si les probabilités mettaient fin à notre couple avant que je mette fin à mon tricot, au moins je pourrais garder un  « boyfriend sweater » à défaut d’avoir encore un « boyfriend’! Quant à se montrer à la hauteur, sachant qu’il m’avait endurée tout ce temps, je pensais presque lui tricoter une médaille.

Ne trouvant pas de patron parfait, j’ai décidé de profiter de l’occasion pour tester la technique du pull top-down enseignée par Clara. Après une soirée « flash-back du secondaire » passée à faire des mathématiques et plusieurs faux départs, je me suis attaquée à la bête. Pas question que je laisse la superstition gagner! Et, bien qu’il m’ait fallu vaincre la petite voix d’Ariane qui résonnait dans ma tête, le syndrome des nouveaux projets de tricot compulsifs, la chaleur de l’été et bien d’autres dragons, je peux aujourd’hui annoncer ma victoire sur la superstition: j’ai encore un chum, sauf que maintenant, il a un beau chandail pour traverser l’hiver!