Fais ce que je dis, pas ce que je fais

Riverside Studio Merino Single Ply

Riverside Studio Merino Single PlyEn tricot comme dans la vie, on fait tous des erreurs. L’avantage du tricot, c’est que d’habitude, on peut facilement les réparer… Mais pas tout le temps!

En bonne serial-gaffeuse, il était inévitable que j’en vienne à commettre une de ces rares erreurs qui ne se détricotant pas. Et comme je suis sympa, je partage avec vous cette petite leçon de patience qui pourrait sauver vos tricots!

En commençant mon châle Lili Pili, je savais pertinemment que je devais laver mes écheveaux. Si les laines teintes à la main sont absolument sublimes, elles ont souvent tendance à baver aux premiers lavages. Dans le cas d’un châle à trois couleurs, il est essentiel de les laver avant de commencer à tricoter, surtout si comme moi une de vos pelotes est blanche. Autrement, les couleurs plus foncées et saturées risquent de déteindre sur les écheveaux plus clairs. C’est particulièrement le cas des couleurs à base de bleu et de rouge. En les lavant séparément avant de les mettre en bobine, on évite le désastre.

Ce conseil, je l’avais maintes fois donné à des clientes, ce qui ne m’a pas empêché, tête de mule que je suis, de passer outre et de commencer mon châle immédiatement. J’étais si enthousiasmée par mon choix de couleur et j’avais si hâte de les voir tricotées ensemble! Et puis, la Riverside Single ply que j’avais choisie ne bavait pas beaucoup, normalement.

Cet entêtement de ma part a, hélas, fait en sorte que ma belle pelote bronze a laissé d’importantes taches oranges sur mes rayures blanches alors que je lavais mon châle dans le but de le bloquer. Inutile de vous dire à quel point j’étais dépitée… Pas de quoi s’enthousiasmer, cette fois! Ça m’apprendre à dire des bêtises comme “j’aime vivre dangereusement”

Pour celles qui seraient en train de lire ces lignes en plein milieu de la réalisation d’un pull marin blanc et bleu, ne paniquez pas; comme je l’ai appris un peu trop tard, il existe une solution alternative à celle de laver ses écheveaux. Les teintures utilisées par les indie-dyers sont, en grande majorité, à base d’acide. Or, comme me l’a expliqué Ariane, en ajoutant un peu de vinaigre dans l’eau avant d’y laver notre tricot, on équilibre le pH et on évite ainsi que la teinture bave. Si seulement j’avais écouté dans mes cours de sciences au secondaire!

La morale de cette histoire pourrait s’écrire ainsi;

Ton impatience chronique tu soigneras
Et tes écheveaux tu laveras
En attendant, du vinaigre tu ajouteras!

Valentine

Le Crochet

Quand j’ai commencé à donner des cours à La Maison tricotée l’hiver dernier, Céline m’a demandé : « Pourrais-tu donner des cours de crochet? ». Bien sûr, j’ai répondu oui. Je crochète depuis plus de 10 ans, alors je pouvais sans problème enseigner les bases de cet art textile à des dizaines de futures crocheteuses. Et pourtant, comme plusieurs tricoteuses, j’ai une drôle de relation avec le crochet…

Rien ne peut remplacer la beauté du jersey tricoté. Si je veux faire des chaussettes ou un chandail, je vais naturellement aller vers le tricot. Pour mes mitaines aussi… Alors, qu’est-ce que je crochète?

Même si j’ai déjà vu des crocheteuses réussir plusieurs pièces de vêtement très jolies, je préfère garder le crochet pour créer des petits objets, des bijoux, des couvertures, des sous-plats, etc. C’est avec ce type de projet que le crochet révèle toutes ses qualités : la rapidité d’exécution, la facilité à travailler en trois dimensions et de façon modulaire, ainsi que le côté instinctif de cette activité. De plus, le crochet est un excellent complément au tricot : on peut l’utiliser pour monter et rabattre les mailles, pour ajouter des bordures et même pour créer des fausses coutures. Et le plus merveilleux dans tout cela, c’est que les bases du crochet sont faciles à apprendre.

Le plus difficile lorsqu’on apprend à crocheter, c’est d’intégrer le mouvement de base, celui d’attraper le fil avec le crochet et de le passer à travers la maille se trouvant sur le crochet. Une fois qu’on réussit ça, on est en business! Ensuite, la deuxième difficulté, c’est de se souvenir des points de bases. Parce que ce n’est pas long (une heure ou deux) avant que la crocheteuse en herbe soit capable de réaliser des mailles serrées, des mailles coulées, des brides et des demi-brides. Ensuite, un monde de possibilités s’ouvre. Des milliers de modèles vraiment jolis utilisent seulement ces points. La seule différence, c’est la façon dont on les agence. Pour permettre à mes élèves de survoler le plus de facettes possible du crochet, j’ai créé le cours de couverture au crochet.

La couverture au crochet

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Crédit Photo: Mélina Dorléans

Passer de néophyte totale à crocheteuse maîtrisant les pétales, les coquilles et les noisettes en dix semaines, c’est tentant n’est-ce pas? Hé bien c’est le but derrière le cours de couverture au crochet. Les neuf premières semaines, on apprend quelques techniques permettant de crocheter un nouveau carré à chaque cours. La dixième semaine, on termine la couverture, on assemble les carrés et on crochète une bordure, et voilà! Bien sûr, une couverture crochetée va contenir plus de « trous » qu’une couverture tricotée, mais c’est le prix à payer pour créer de superbes fleurs, des noeuds celtiques et des spirales de chaînettes.

Pour ma part, le carré que je préfère est celui que j’ai mis au centre de la couverture. C’est une fleur créée avec le point crocodile qui est très populaire ces temps-ci. Les pétales permettent aux élèves de bien comprendre le travail au crochet en trois dimensions, parce qu’au fur et à mesure qu’on crée les pétales, on doit les plier vers le centre pour travailler derrière ceux-ci. Avant qu’on remette les pétales dans la bonne position, ça a quasiment l’air d’un artichaut!
La designer de ce carré, Joyce Lewis, est super sympathique et elle m’a donné la permission d’utiliser son carré pour le cours. Nous sommes bien chanceuses, nous crocheteuses et tricoteuses de faire partie d’une communauté si sympathique!

Maude


Maude
Maude est professeure et designer de tricot et de crochet, couturière en devenir, jardinière et rédactrice le reste du temps. Elle est passionnée par les petites plantes, la forêt boréale (elle vient de l’Abitibi après tout!), la laine de mouton, les couleurs et tout ce qui lui permet d’apprendre sans arrêt. Maude blogue sous le nom de Maude Design. Vous pouvez aussi la retrouver sur Facebook, sur Pinterest et sur Ravelry.

Knitting saves lives

Sophie & Julien

Le tricot est entré dans ma vie alors que j’avais environ 5 ans. C’est la mère de ma meilleure copine qui nous a montré comment faire à toutes les deux. Je m’en souviens comme si c’était hier, toutes les deux assises sur les marches du balcon en écoutant Diane Dufresne nous chanter qu’elle avait rencontré l’homme de sa vie…

J’ai continué à tricoter de manière compulsive, en fonction de certaines étapes marquantes de ma vie. J’ai beaucoup tricoté à l’adolescence pour financer mes sorties et petits luxes : de formidables pulls et bonnets en jacquard que je vendais pour une bouchée de pain à mes copines du secondaire et un pull pour mon premier chum qui m’a finalement porté malheur puisque nous avons rompu le jour où il l’a reçu! Plus tard j’ai repris mes aiguilles, enceinte de plusieurs mois, alors que j’avais 19 ans. Sur une courte période, j’ai tricoté cardigans, pulls et bonnets sans patron, au gré de mon imagination pour mon beau Julien qui allait naître sous peu.

Les années qui ont suivi la naissance de mon deuxième fils ont été plus qu’occupées. Je travaillais à Québec alors que la famille était à Montréal. De nombreuses heures de travail très intenses qui n’ont malheureusement pas laissé de place pour autre chose, pas plus que pour le tricot, sauf lors de rares occasions alors que j’avais besoin d’évacuer mon stress. Je disais souvent, à la blague mais avec un fond de vérité, que je tricotais pour canaliser mon énergie négative et pour éviter de tuer quelqu’un… mais je ne vous dirai pas qui.

Au fil des ans, le tricot était une activité à laquelle je revenais toujours mais avec une certaine frustration. Maniaque de fibres nobles, j’ai été incapable de m’approvisionner en fils de qualité, sans composante synthétique, pendant de longues années tout simplement parce que ça n’existait pas sur le marché. Au cours des années 1990, une boutique sise dans le Plateau Mont-Royal m’a accueillie plus d’une fois lors de recherches frustrantes alors que je désespérais de me procurer du mohair et du mérinos. Inutile de vous dire que je passais souvent pour une hurluberlue aux yeux de la propriétaire! Découragée de la qualité et du prix des fils disponibles sur le marché à cette époque, j’ai délaissé le tricot et plongé dans la couture qui me donnait un plaisir plus immédiat et un choix de matières bien plus adapté à mes goûts de luxe.

C’est finalement alors que je plongeais bien profondément vers un épuisement professionnel que je me suis remise au tricot. J’avais recommencé à avoir des pensées assassines et je ne savais pas comment m’en débarrasser. Ainsi, au début de décembre 2012, quelques jours après avoir vu des tricots surdimensionnés lors du Souk de la Société des arts technologiques, j’ai ressenti le besoin urgent et impérieux de tricoter. J’ai alors cherché où je pouvais trouver de la laine un dimanche. En revenant de la campagne en pleine tempête, l’homme de ma vie m’a conduite à une boutique de laine où je n’avais jamais mis les pieds avant. Je lui avais dit de m’attendre dans la voiture, que je n’en aurais que pour quelques minutes…

À ce moment, le temps s’est arrêté. J’ai vu dans cette boutique des fils que je n’avais jamais vus avant, un travail de teinture incomparable à tout ce que je connaissais. Des labels indépendants, des écheveaux de matières nobles comme j’en avais souvent rêvé de nombreuses années avant qu’ils ne se matérialisent devant mes yeux. À l’évidence, depuis ma dernière visite pas si lointaine dans une boutique de laine, les temps avaient bien changé!!! C’est d’abord la laine à chaussettes qui m’a le plus impressionnée ce jour-là. La chaussette était à mes yeux, cet objet mythique que je ne pourrais jamais réaliser toute seule. J’ai demandé comment faire et ai acheté pour près de 150$ de laine à chaussettes. En sortant, la jeune employée m’a saluée et m’a dit, le plus sérieusement du monde « knitting saves lives… ».

Dans le contexte, j’ai vraiment cru qu’elle avait deviné mes pensées assassines. Pour un instant, j’ai pensé que ce n’était pas ma vie à moi que je sauvais en recommençant à tricoter, mais celle de cette personne qui me faisait la vie dure. Cette réponse a été une révélation pour moi et m’a laissée songeuse pendant plusieurs jours. J’y repense encore souvent malgré moi et, malgré le quiproquo, je trouve toujours que c’est la meilleure réponse quequ’on m’ait donnée. J’avais mal saisi le sens de cette phrase, mais depuis, j’ai compris que le tricot avait en quelque sorte contribué à reconstruire ma capacité de concentration et mon estime de soi.

Ce dimanche de décembre a marqué un tournant dans ma vie. Depuis ce jour, le tricot fait partie de mon quotidien. Il occupe une grande place dans ma vie et remplace en quelque sorte la méditation en ce qu’il me permet d’être toute là, dans le moment présent. Je vous épargne la relation trouble que j’entretiens avec la laine, elle fera l’objet d’un prochain billet sur la dépendance et les comportements addictifs des tricoteuses. Dans l’intervalle, je débute mon 70.000e mètre de laine…

Sophie

Sophie FontaineMaman, amoureuse, syndicaliste, militante, feministe et tricoteuse compulsive. Retrouvez Sophie sur Ravelry.

Astuces de Grand-Mère

Repriser une chaussetteLa semaine dernière, j’ai trouvé les toutes premières chaussettes que j’avais tricotées à la main il y a bientôt 5 ans, alors que j’étais en train de ranger mon tiroir à chaussettes. Malheureusement, j’ai aussi remarqué qu’elles présentaient un (grand) trou au talon.

Ces chaussettes sont spéciales pour moi. J’ai appris à tricoter quand j’avais 13 ans avec une amie de ma mère. Elle était une grande tricoteuse et m’a montré toutes les bases du tricot, mais elle n’était pas en mesure de me faire apprendre des techniques plus avancés. Pendant des années je n’ai tricoté que des foulards et des carrés de toutes tailles pour une couverture que je n’ai finalement jamais finie.

Je n’avais aucune idée de la façon dont on devait lire un patron ou de ce qu’était un échantillon. Je ne connaissais pas les fibres et pour moi, l’acrylique c’était de la laine.

Jusqu’au jour où Céline m’a fait émerger du côté obscur de la Force en me faisant tricoter cette paire de chaussettes. Il fallait absolument la sauver! J’ai tout de suite pensé à cet article de Kate Gilbert, l’éditrice en chef de Twist Collective, j’ai pris mes aiguilles à finition, un restant de fil à chaussettes et je me suis mise à repriser.

Il existe plusieurs techniques pour repriser une chaussette. Comme le trou était quand même grand, j’ai choisi de faire un “grafting” et en commençant, j’ai réalisé que cette technique ressemble à un tissage: on tisse autour du trou pour le recouvrir et pour empêcher les mailles de se défaire.

Après quelques recherches approfondies j’ai remarqué que cette méthode peut être utilisée pour réparer non seulement des chaussettes, mais aussi des chandails.

Ma chaussette était réparée en moins d’une demi-heure. Pendant ce temps plein de beaux souvenirs me sont revenus en tête; d’abord ma grand-mère et son oeuf à repriser en bois et ses astuces de grand-mère. J’ai pensé aux beaux moments passés à côté de cette femme extraordinaire. J’ai toujours dit que les objets tricotés à la main ont un pouvoir magique…Pouvoir qui peut maintenant durer encore plus longtemps en les reprisant!

Ariane

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